Rico da Halvarez

Ses œuvres disponibles
Rico da Halvarez

Vit et travaille à : Bordeaux

 

Biographie de l’artiste

Rico da Halvarez – Яا☪⚉ ḍḁㅒД╰ṽᴬ®Е☡
Par Michèle Coquet, anthropologue, Directrice de recherche au CNRS

Яا☪⚉ ḍḁㅒД╰ṽᴬ®Е☡ est la fois plasticien, musicien, photographe, écrivain.

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Il travaille aussi bien l’image et le texte que les sons, à partir d’un médium, les algorithmes du code informatique. Œuvre profuse, exigeante et déroutante que la sienne, à qui n’est pas familier du Net Art. Détournement, dérision, invention, seraient quelques-uns des maîtres-mots de sa quête artistique, le tout couronné d’une bonne dose d’espièglerie :

« Pourquoi ne pas avoir comme référence Duchamp et les Monty Python ? »

Яا☪⚉ ḍḁㅒД╰ṽᴬ®Е☡ est le démiurge d’un univers plastique et poétique en perpétuel changement et expansion dont, tel un marionnettiste, il tire les fils, et qui, aujourd’hui, se développe essentiellement sur le Net.

Durant ses études de philosophie, il fonde à Bordeaux en 1993 avec d’autres artistes – il a alors 20 ans –, un collectif clandestin nommé v.n.a.t.r.c.?, acronyme de « Vous N’Avez Toujours Rien Compris ? », qui se produit non seulement dans les lieux publics, mais aussi dans des institutions d’art contemporain, comme le CAPC–Musée d’art contemporain de Bordeaux, et dans des galeries.

Son ambition, à travers des actions et des gestes artistiques engagés et décalés, voire provocants, est d’interroger le passant, le spectateur ou le visiteur de musée ou d’exposition : les « attentats plastiques », le « parasite muséal », le « dévernissage » en sont quelques-uns parmi d’autres.

En 1997, les artistes de v.n.a.t.r.c.? rédigent le texte fondateur de leur conception de l’art, De catena legenda labyrinthorum artis i-machinantis.

Le collectif recourt fréquemment dans ses textes aux pseudonymes et aux acronymes, une coutume que reprendra Яا☪⚉ ḍḁㅒД╰ṽᴬ®Е☡ dans les titres de ses œuvres numériques : YATAST, YASFT, YASFADT,… autant de clins d’œil à l’outil de configuration YAST (Yet Another Setup Tool) d’un des systèmes d’exploitation utilisé par l’artiste.

Si l’usage des pseudonymes et des acronymes relève de la culture du Net, il puise à d’autres sources, artistiques et littéraires, où l’on rencontre aussi nombre d’intitulés en latin. Яا☪⚉ ḍḁㅒД╰ṽᴬ®Е☡ revendique en effet d’autres influences :

Dada, le Collège de Pataphysique, dont l’organisation évoque celle du collectif, et l’une de ses émanations,
l’OuLiPo, acronyme de « Ouvroir de Littérature Potentielle », ce groupe fondé par Raymond Queneau en 1961 qui souhaitait appliquer à la création littéraire les techniques et la rigueur des mathématiques.

On retrouve dans les titres et les commentaires des œuvres numériques de Яا☪⚉ ḍḁㅒД╰ṽᴬ®Е☡ le même goût pour l’exploration du langage et des lexiques singuliers. Il joue du mélange de lettres, de chiffres, de signes typographiques et de logogrammes, de mots visuellement reconnaissables mais quasi imprononçables, devenant énigmatiques.

L’activité plastique de Яا☪⚉ ḍḁㅒД╰ṽᴬ®Е☡ va de pair avec la pratique musicale. Il fonde en 2004 l’association Musique Libre ! qui archive plus de 50 000 titres, fruits de recherches musicales du monde entier, et qui milite pour leur diffusion sous licence libre ; il s’en occupera jusqu’en 2011. En tant que bassiste, il compose lui-même, en recourant à l’instrument et à l’ordinateur, et joint parfois à l’œuvre digitale, une œuvre musicale (Exposition <H/art/TML>, Brazzaville, juin 2015). Il a réalisé plusieurs albums et donné des concerts en France comme à l’étranger (Berlin, Bruxelles, Mexique, Autriche,…)

En 2000, Яا☪⚉ ḍḁㅒД╰ṽᴬ®Е☡ délaisse le multimédia et les actions collectives pour se consacrer à sa propre création. Le site vnatrc.net voit le jour qui marque son entrée dans le Net Art, une initiative conduite avec un autre artiste, bituur esztreym, avec qui il collabore jusqu’à aujourd’hui. Il conçoit alors ses premières images en mouvement sur le Net.

Depuis maintenant 15 ans, il produit des œuvres digitales qu’il a regroupées dans un ensemble nommé <H/art/TML>, en référence au principal langage informatique dont il se sert, HTML, habituellement employé pour créer des pages web, et qu’il a détourné à des fins artistiques. Sa signature elle-même est écrite en code et comporte, en son milieu, le motif du drapeau de la Tunisie, indice graphique discret de son identité franco-tunisienne.

« HTML est ma boîte à pinceaux, avec les couleurs » explique-t-il. La conception des algorithmes et leur implémentation dans l’ordinateur constituent les deux temps forts de l’acte créatif : ces consignes enfouies au cœur de la machine prédéterminent les éléments qui vont ensuite apparaître sur l’écran, boutons, boutons de radio (langage HTML), lettres et chiffres, photos, leur taille respective, leur quantité et leur composition, les couleurs. Sont également programmés la maîtrise du processus de dégradation des images qui seront « attaquées » par divers procédés modifiant les couleurs et les pixels, et le tempo de leur itération, de une heure à deux jours.

Les œuvres digitales de Яا☪⚉ ḍḁㅒД╰ṽᴬ®Е☡ sont en effet prises dans un mouvement continu de transformation, imprévisible et toujours renouvelé. Le nombre très grand d’éléments mobilisés (10000 à 15000) rend quasi impossible le fait d’avoir deux fois la même composition. L’artiste décide quand et où arrêter l’itération de l’œuvre et quelle copie d’écran conserver pour l’imprimer. « Ce qui est original, c’est la copie », commente-t-il, jouant avec humour de ce rapport conflictuel qui hante depuis toujours l’histoire de l’art. Chaque œuvre imprimée est unique. Mais elle présuppose l’existence d’une quasi-infinité de variations produites par l’ordinateur qui, si elles ne sont pas choisies, disparaissent à jamais.

L’univers esthétique de ses œuvres associe un magma d’éléments de code HTML, des mots et des lambeaux de phrases, des appariements de caractères typographiques dissemblables, à un très large spectre chromatique (20 000 couleurs environ), une recherche de contrastes entre les ombres, le flouté – portés par la photographie – et l’hypernetteté des éléments de code.

Plus récemment, c’est au texte qu’il applique ce principe en utilisant Twitter, de manière à pervertir sa fonction première, informative, voire aliénante, et à le transformer en un outil de « propagande perplexe ». Celle-ci a la forme de phrases glanées aléatoirement sur le web ou dans le texte fondateur de v.n.a.t.r.c.? (De catena legenda labyrinthorum artis i-machinantis), et de lignes d’éléments de code, des graphies qui invitent le lecteur à se livrer au jeu du déchiffrement. Elle est diffusée par des « BOTS », des comptes qui tweetent automatiquement, à qui l’artiste a donné les noms de personnages de De catena, tels que, parmi les plus mystérieux : @Wlobsterhulwicz, @astreegalbiatta, @Afalistolec. Un monde en soi.

Яا☪⚉ ḍḁㅒД╰ṽᴬ®Е☡ définit sa pratique comme celle d’un « art en liberté ».
Pour chaque image, il délègue à l’ordinateur, le rôle de gérer le retour aléatoire de certains éléments. La machine prend en charge la création de ces mondes visuels : « L’artiste lui donne la partition : elle la met en musique. » Cette collaboration de la technologie à la naissance sur l’écran d’images toujours nouvelles concourt à l’effet de fascination qu’elles exercent sur notre imaginaire.

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Principales expositions

    • 2015 : Exposition à l’aéroport Maya-Maya, Brazzaville
    • 2003 : Exposition/performance au CAPC Musée d’art Contemporain, Bordeaux

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  • 2002 : performance/expo, TNT Manufacture de Chaussures, Bordeaux
  • 1999 : exposition Gargantu’art, Halle des Chartrons, Bordeaux
  • 1997 : exposition I-Machines & I-Machination, Galerie Circulation Res-Rei, Limoges

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